Homido – un casque « Mini » et l’ambition de conquérir l’Amérique

Le marché des casques de réalité virtuelle n’est pas réservé qu’aux titans du numérique. La start-up française Homido a su se tailler une part du marché grand public, et elle ambitionne désormais d’incarner cette réalité virtuelle abordable. De quoi tenir la dragée haute aux géants américains et asiatiques ?

Facebook (avec Oculus), Samsung, HTC et Valve, Google… On pourrait penser de prime abord que la réalité virtuelle est le domaine exclusif des géants technologiques. Ce serait sans compter sur Homido, une start-up lilloise d’une dizaine de personnes qui a réussi à vendre plus de 100 000 casques en 2015, et compte en écouler plus d’un million en 2016.

COMBLER UN VIDE SUR LE MARCHÉ

La start-up, née en 2014, se positionne sur le segment de marché qui existe entre les modèles haut de gamme (Oculus Rift, HTC Vive, PlayStation VR) et l’entrée de gamme extrême que représentent les kits Cardboard, dont le confort et la durabilité laissent à désirer. Son casque fonctionne avec un smartphone, mais est en plastique et possède des lentilles de meilleure qualité. « Nous n’avons jusqu’à présent pratiquement pas rencontré de concurrence, » explique son cofondateur Raphael Seghier).

Il y a bien le Gear VR de Samsung, qui offre une expérience objectivement supérieure pour 30 euros de plus (99,99 euros contre 69,99 euros pour le Homido), mais il se limite aux quelques modèles phares du constructeur coréen, tandis qu’Homido est compatible avec tous les smartphones du marché (Android, iOS et même Windows). Quand aux autres acteurs, comme Carl Zeiss et son VR One, « ils sont deux fois plus cher et plus lourd que nous, et veulent surtout vendre de l’optique, qui reste leur cœur de métier. »

LE POIDS DE L’EXPÉRIENCE

Le succès d’Homido doit beaucoup au profil de ses trois fondateurs. Raphael Seghier a travaillé 10 ans dans la 3D et l’optique, où il a découvert un pseudo-Cardboard avant l’heure, car comme il le précise, »Google n’a rien inventé ». Convaincu du potentiel de ces produits, il s’associe à Mathieu Parmentier, un patron de PME connaissant bien les contraintes de la production en Chine. Sa partenaire chinoise, Scarlett Chen, deviendra la troisième cofondatrice. Fort de leur expérience, le produit sort en six mois, fin 2014.

« Le projet est devenu rentable assez rapidement, nous explique Raphael Seghier. Nous avons subsisté sur les ventes directes via notre site Internet, puis on a signé avec PowerData, un distributeur qui nous a permis de rentrer chez toutes les grandes enseignes. La Fnac, Boulanger, Darty, Orange, Bouygues, plus Auchan et d’autres supermarchés qui suivent… Boulanger nous dit qu’on est l’une des meilleures ventes de la French Tech. Ce Noël, nous avons même eu des ruptures de stock ! » La France ne représente pourtant que 20% du chiffre d’affaires d’Homido. Très forte au Benelux et en Russie, la start-up vend dans une vingtaine de pays en magasins et dans 90 pays sur son site.

INCARNER LA RÉALITÉ VIRTUELLE À PAS CHER

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La dernière nouveauté d’Homido est le « Mini », un accessoire ultra portable et très abordable (14,99 euros) lancé le 3 décembre 2015. Pliable, il se transporte facilement, tout en étant plus solide dans la durée qu’un morceau de carton. Sa conception minimaliste lui a permis d’être qualifié par Cardboard, ce qui n’était pas le cas du Homido (Google impose des restrictions aux fabricants, notamment l’interdiction d’inclure des straps pour faire tenir le casque sans les mains). « Pour nous, le Mini a un énorme potentiel. Nous voulons en faire le nouveau Cardboard, » affirme Raphael Seghier.

La start-up n’y place pourtant pas tous ses espoirs. « Ca reste un goodie plus qu’un vrai produit, détaille-t-il. Le gros de notre business reste le casque Homido. Le Mini ne sera d’ailleurs pas vendu en magasins pour éviter qu’il ne phagocyte les ventes du produit principal. Cela dit, nous étions inquiet au début mais sa sortie n’a pas affecté les ventes du Homido sur le site. Les consommateurs font le distingo. »

Homido tient à préserver l’image de qualité au travers de son casque, qui offre une meilleure expérience. Le mini servira plutôt à faire du co-branding avec d’autres marques. « Nous avons déjà passé des partenariats avec Jaunt et Giroptic notamment, et nous sommes en discussions avec de très grands acteurs à l’échelle mondiale, notamment dans les sodas, l’automobile ou la recherche d’emploi, » précise le dirigeant.

LEVER DES FONDS ET CONQUÉRIR LES ETATS-UNIS

Homido se veut confiant mais réaliste dans ses objectifs. « Nous voulons vendre un million de casques d’ici 12 à 18 mois, explique Raphae Seghier. Ce qui reste très raisonnable, vu le potentiel du marché américain où nous sommes encore très peu présents. » Leur présence au CES 2016 a beaucoup aidé. « Nous avons pris de très bons rendez-vous avec les distributeurs. Nous avons désormais l’embarras du choix pour rentrer chez BestBuy, Target et autres magasins, » explique-t-il.

Autofinancé jusqu’à présent, Homido envisage désormais une levée de fonds, aussi bien auprès d’investisseurs français qu’américains, pour croître plus rapidement et répondre aux besoins du marché. « Nous sommes une dizaine à l’heure actuelle, plus une petite équipe à Shanghai pour le sourcing et la production. Nous avons nos propres ouvrières. Et nous avons ouvert des bureaux à San Francisco il y a deux mois. »

PLUS DE CONTENU

Cela passe d’abord par de nouveaux produits. « Nous préparons une nouvelle version du Homido ainsi qu’un casque intermédiaire qui se situera entre le Mini et l’Homido, mais sans straps, » annonce Raphael Seghier. De quoi s’assurer d’être labélisé « Works with Cardboard » par Google. « Nous préparons également un prototype plus haut de gamme qui intégrera directement l’audio. Il va arriver dans les prochains mois. Plus d’autres choses dont je ne peux pas vous parler. »

L’autre aspect axe de développement est logiciel. « Nous réinvestissons tous nos profits dans le développement d’applications, car c’est important de proposer un bundle matériel et logiciel aux clients, »détaille le fondateur. Comme tous les acteurs du secteur, Homido sait que la clé réside dans le contenu. « Nous travaillons à moitié sur du fait-maison et à moitié avec des partenaires. A court terme, fournir des applications est un service gratuit, mais à long terme il nous faudra le monétiser. Nous devrons monter en gamme. »

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